Chroniques sénégalaises, 8/11.

Jeudi 11 janvier

Bruit de moustiques et fuite d’eau à éponger : la nuit a été courte pour Carlos et Paige. Ragaillardis par une double ration de café, ils démarrent la matinée avec les exercices du « point fixe ». Ce jeu de mouvements consiste à « mobiliser » le corps en fonction d’un de ses éléments bloqués (le plus souvent la main). Immobilité et mouvement ne sont plus des valeurs opposées mais complémentaires. Cette contrainte développe tout un ensemble d’attitudes et de situations simulées propres au mime (ex. : porter un bâton, ouvrir une fenêtre).

Ce jeu se poursuit en duo. L’un des deux partenaires sert de point fixe à l’autre. Le contraste entre les deux protagonistes amplifie l’action (ex. : un cambriolage. L’un des voleurs regarde tandis que l’autre force et franchit la fenêtre d’une maison). Carlos a de plus en plus mal au dos. Sans cesse perturbée, la formation avance moins vite que prévue. En écho, je ressens une vive douleur au pied. Cependant, je reconnais mon épine sentimentale d’hier au soir. Ma douleur disparait. Dans l’après-midi, la construction des masques reprend.

J’en profite pour faire quelques photos à partir du toit-terrasse. À mon retour, j’aperçois un bandage au doigt de Fatou. Elle s’est entaillée avec une lame de ciseaux. Paige a pansé la blessure comme elle pouvait. Je vais chercher ma trousse de secours, désinfecte la plaie et change le pansement. Fatou me remercie d’un air confus. Tabou du sang ? Peur de la maladie ? L’oubli de la trousse de secours me gêne moins que le manque d’action et d’empathie du reste de la troupe.
Poussé par la construction des masques, je me lance dans la confection artisanale d’enveloppes. Je découpe un sac plastique tramé, récupéré sur la plage la veille au soir. Sous la chaleur du braséro, je vais quelques essais de thermocollage. Le plastique fond, se rétracte, peine à se souder et se déchire facilement. J’aurai au moins tenté.
Dans l’après-midi, Leity, en bon chargé de communication, a invité la responsable de la compagnie locale de théâtre à dîner. Talons hauts, jupe de cuir courte et ongles vernis, la frêle jeune femme est accompagnée d’un ami – garde du corps. Look branché, il porte un legging troué et des mitaines noires. Leyti présente le projet et les membres des deux compagnies. Sur un ton trop galant, l’un des acteurs s’annonce comme « le responsable ». Il suggère à la jeune femme qu’ils pourraient s’entretenir du projet en tête à tête. Du tac au tac, un autre acteur répond « Oui, il est responsable des cuisines » et un second de renchérir : « Et moi, Mademoiselle, je suis le responsable des responsables ». Plus sérieusement, Leyti propose qu’elle vienne à la répétition générale de samedi et suggère une présentation publique pour dimanche.

 

Texte et photos : ©JRo.

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