II : Et quand l’exercice de danse à imaginer un rayon de couleur 13 novembre 2012

Et quand l’exercice de danse consista à imaginer un rayon de couleur sur mon corps,
je choisis le rouge dans le vide entre le nombril et le plexus.

Quand l’exercice de danse consista à imaginer une autre couleur,
vint l’or fondu ruisselant.

Quand l’exercice de danse consista à imaginer le mélange des deux,
le volcan n’avait plus qu’à cracher.

Quand l’exercice de danse apporta la terre, le A et le taureau,
mes ongles grattèrent la lave dure et noircie.

Dans la nuit, je marche sur le quai. 8 novembre 2012

Dans la nuit, je marche sur le quai.
La mer est haute.
Au bout du quai, un pêcheur emmitouflé…

– Vous pêchez quoi là ?
– …Ho, des poissons plats…

– Vous avez pris beaucoup ?
– …Non, pas trop…

– Mais la mer est pas trop haute ?
– …Bo, elle est en train de redescendre là…

A ces côtés, je regarde la nuit puis m’en retourne de là où je venais.

Dans la nuit, je marche sur le quai.
La mer est basse.
Au bout du quai, le pêcheur emmitouflé…

– Vous avez pris ?
– …Non, pas trop…

– Mais la mer n’est pas trop basse là ?
– …Bo, elle est en train de remonter…

A ces côtés, je regarde la nuit puis m’en retourne de là où je venais…

Dans la nuit, désormais, je cours

Au sommet de la mastaba 2 novembre 2012

Au sommet de la mastaba,
perle la pluie sur les ailes des colombes.

Posé là, comme l’arme du vaincu,
un bouton de rose presse la vie de revenir.

A nos pieds, reposent les pensées silencieuses.

Je vois à quel poing ton absence m’était comptée…
et dépose un baiser sur ton front de pierre blanchi,
comme les nuages s’en vont…

– à mon frère –

Jalousie 31 octobre 2012

Je vous ai vus tous les deux, hier soir, au club…
Tu la prenais dans tes bras, une main autour du cou, l’autre sur la hanche.
Elle, elle se penchait sur ton épaule…
On voyait bien qu’il se passait quelque chose entre vous.

A un moment, tu fermais les yeux… et on sentait tous que, même avec tes gros doigts bourrus, tu touchais une corde sensible.

A l’entracte, quand vous attendiez, tu caressais sa peau ambrée, brillante…
Tu remontais le long d’une veine, redescendais de l’autre ; tu lui a même pincé les chevilles…

Tu sais, mon vieux, y’en a plus d’un qu’aurait aimé être à ta place, lâcher prise et sentir résonner son corps.
Discrètement, on était tous braqué sur vous… même les « Madames » reluquaient votre remue-ménage.
Ça crevait les yeux : on vous sentait bien tous les deux.

Tu sais, finalement, vous êtes des sacrés veinards, toi… et ta contrebasse.

Trou noir 17 octobre 2012

Ça tourne sur toi-même comme à la surface des sueurs chaudes.
Qui aspire l’autre ?
Le sphinx papillonnant sans réponse ?
ou l’œil du Cyclope au fond du miroir ?

I : Impression 15 octobre 2012

Lorsque l’exercice de danse consista à enduire les corps de couleurs,
Je n’arrivai pas à lui mettre autre chose que du noir.

Et quand ce fut mon tour, malgré qu’elle me peignit d’arcs-en-ciel,
Je ne sentis sur moi que le goudron.

Monologue 14 octobre 2012

Qui suis-je ?
– Tu es ce que je vois de toi.

Et que vois-tu de moi ?
– Je vois de toi ce que tu me donnes à voir.

Y crois-tu un instant ?
– Venant de toi, oui, j’y crois.

Mais suis-je moi-même certain de ce que je te donne ?
– Sois seulement certain que tu ne me donnerais pas quelque chose qui puisse me blesser.

Oublie et n’oublie pas 9 octobre 2012

Tu mords tes larmes.
Si tu pouvais tout détruire, ça t’arrangerait.
Ça frappe fort en toi.
Tu voudrais sortir, que les gens entrent pour voir…
Ta peau, elle crie…

Tu sais, on ne s’est jamais pendu avec une corde sensible… C’est comme ça…
Tu n’as rien à vomir.
Tu voudrais juste respirer.
Tu n’as jamais été.
Tu l’as toujours été…

Souvent, tu suis les chiens bleus…
mais personne à qui donner la main.
Tes souvenirs ont le sourire de la mort.
Tu t’y penches et vois ton reflet.
Cours, putain, cours ! Arrache-toi !

Ne te retourne pas : oublie… et n’oublie pas.
On te cherche dans les coins mais toi, tu es déjà loin.
Ce n’est pas grand-chose mais l’essentiel, tout est dit, tout est là :
Oublie et n’oublie pas…
Oublie et n’oublie pas…

Impudeur (2012) 7 octobre 2012

Pierre

H : 3 cm
l :  5,5 cm
P :   4,5 cm

Triangle noir vue de dessus, organe érectile vue de profil, sensualité ambiguë d’une petite pierre obscure, polie par la mer…

Luna 29 septembre 2012

Tiens te v’là toi !
T’es encore toute seule ?
Comme moi quoi…

T’es encore grosse ?
Nom de Dieu, t’es encore pleine.
T’attends même pas neuf mois !

Pourquoi tu m’ regardes comme ça ?
Parc’ que j’te cause ?

Dis-moi, t’as changé de coiffure ?
T’es plus rousse ?
Aguicheuse va !

Arrête de me fixer, j’te dis.
Détourne le regard !
Je supporte déjà pas ma gueule…
En plus, t’as qu’un œil !
Rond et jaune qu’il est ton œil…
Elle est passée où ta paupière, hein ?

Tu veux que j’te dises :
T’es plus indécente que moi !
Va t’rhabiller !
Tu veux que je te file mon manteau ? c’est ça ?

Pourquoi tu me suis ?
T’as le béguin ?
Allez, arrête ton chars, Luna.
Rentre chez toi ! Cousin soleil sera bientôt là…

D’autres se trouvent là : que cherchent-ils ? 29 septembre 2012

D’autres se trouvent là : que cherchent-ils ?

Je vois mon corps et disparait.
Dans le plein vers le fond.
Je reste.

Je monte vers le vide. Je recommence.
Je répète : je recommence.
Je vide « mon » vide.
Pas de miroir, pas de bruit, pas de regard.
Je sais où se trouve l’un, où se trouve l’autre, où je me trouve.

Expulsé du plein, je m’assieds.
Mon corps tremble. Deux fois.
C’est ma manière de crier, le preuve que je suis vivant.
Cri, preuve, vivant.

Séquençage terminé : corps, cri, preuve, vivant.

La peur est nue 26 septembre 2012

Les chevaux sont lâchés
Roulis de galets devant l’écume
Valdingué le soc
Renversée la carriole

Les chevaux sont lâchés
Sabots-tambours déchirant la verte prairie
Fini le cirque, finie la parade,
Finis les fers et le licou

Les chevaux sont lâchés
L’horizon n’est plus si lointain
Vois comme leurs crinières se mêlent aux cirrus et embrasent la nuit
Entends leurs hennissements qui lacèrent le vent et murmurent à l’esclave
Les chevaux sont lâchés
Les chevaux sont lâchés
Les chevaux sont lâchés

Place Ruzebouc 4 septembre 2012

Place Ruzebouc, les assiettes ferraillent.
Coule la Loire et dansent avec elle deux bouées bonhomme.
Les chats coursent lézards et libellules et se rient des chiens comme de la bienséance.
Sous l’ardoise, le brillant n’arrive pas à trancher qui du vert, du bleu ou du noir.
Les élégants affluent et les touristes convergent.
Entre deux, vélos et parasols, las et penchés, stationnent sur leur pied.
Place Ruzebouc, la Loire se fiche du temps et emporte dans sa course les rêveries des passants.

A propos du brouillard 7 août 2012

Dans le brouillard, tout se cache, se voile… et pourtant, rien n’est perdu.

Passant à proximité, les formes, les couleurs, les matières nous saisissent…
nous les voyons même se découper, se détacher plus distinctement qu’en plein soleil.
Perlent les toiles d’araignées…

Isolé, comme extrait d’un environnement trop chatoyant, et bien qu’il en soit toujours ainsi même en pleine lumière, chacun, dans cette proximité singulière, semble plus vivant à l’autre, simplement en étant là, par et pour lui-même.

Involontairement, dans cette rencontre, chacun est apparu à l’autre dans sa nudité surprise.

Les chiens bleus 9 juillet 2012

Avril 2012

Tout d’abord, on ouvre les yeux.
Ils vagabondent ça et là, sans tête ni queue, les chiens bleus.
Posant le regard sur eux,
on les suit un instant ou deux.
Ils nous guident, ils nous parlent, ils aboient vers les cieux, les chiens bleus.
L’instant d’après, on a juste cligné des yeux et il ne reste d’eux
que les roses, l’horizon, les adieux…
les chiens bleus.

« I like America and America likes Me‎ » (Joseph BEUYS, 1974) 24 mars 2012

 

Joseph Beuys (allemand) va à la rencontre du coyote (« américain » ou plutôt amérindien), son double : l’homme sauvage. Il se cache, ne veut pas se voir. Le coyote déchire son enveloppe de feutre (vêtement des premiers hommes, simple compression de fils), cette carapace vestimentaire culturelle qui caractérise tant chaque individu de nos sociétés contemporaines. Beuys se fait sortir de sa chrysalide, de son cocon bien chaud, se désarme, délaissant gants (qui couvrent et atténuent le toucher mais aussi les morsures quelles qu’elles soient) et bâton (la défense, la répression). Le triangle, quant à lui, instrument du rythme orchestré à la sonorité cristalline et aiguë, forme universelle de la stabilité, métaphore de la raison, doit être abandonné. Il faut, en quelque sorte, rompre la tranquille harmonie, le rond-rond qui fait fuir l’instinct sauvage. La séparation d’avec le business quotidien (pain quotidien ?), dont témoigne les exemplaires du Wall Street Journal, doit être consommée : l’animal urine sur le journal et déchire ces pages, semble chercher dedans un contenu qui lui échappe… Qu’est ce qu’un journal, sinon un arbre devenu « feuille » dénaturée, artificielle et conditionnée, blanchie et écrite ? Il se roule sur le sol et sur le feutre. Joseph Beuys est allé à la rencontre de son soi sauvage, non sans l’apprivoiser, le nourrir : les morceaux de viande nourrissent ce qu’il est dans son essence, tout autant animal qu’artiste : il est l’errant carnivore, non pas au sens du mangeur de chair mais du bouffeur de vie. Si dans un premier temps, Beuys et son soi sauvage semble se contenter d’un espace clos, grillagé où ils peuvent se découvrir, jouer à la façon des louveteaux ; il apparait qu’une fois mutuellement acceptés, ils portent ensemble leur regard sur le dehors. Chacun sait désormais que l’autre existe : la faim, la soif les reprennent ; l’ailleurs les appelle…

Le château (2012) 7 mars 2012

Cartes à jouer, sable noir et jaune
H : 32 cm
l :  40 cm
P :   6 cm

Issu d’un lapsus de lecture entre château « de sable » et château « de cartes », Le château est une œuvre gigogne offrant plusieurs niveaux de lecture. Le premier rappelle facilement l’enfance, les jeux de plage… Puis vient un second niveau où l’ambiguïté de la structure de ce double château perturbe et bouscule la logique. A un troisième niveau, les deux couleurs de sable indiquent la différenciation, l’individuation de l’être. A un quatrième niveau, dans l’œuvre elle-même et de façon plus discrète, se joue un tête à tête de figures : un joker fait ainsi face à une carte fusionnée « roi de trèfle – dame de cœur », visage à trois yeux au-dessus et cyclope en figure renversée. A un cinquième niveau,…
Dans tous les cas, Le château questionne sur la fragilité et la construction de l’être humain.