Quand l’exercice de danse consista à retrouver la complémentarité 11 janvier 2013

D’abord, il fallut sentir soi-même le contenant : crâne, thorax, bras, jambe… et il me parut que rien d’autre ne ressembla plus à un os blanchi. Puis l’autre apposa ses mains en nids d’oiseaux sur mes épaules, mes bras, mes mains d’abord à droite, plus tard à gauche.
Je sentis renaitre cette chaleur intérieure depuis des mois perdue : mes articulations saillantes s’arrondirent, mes muscles noueux et tétanisés se réchauffèrent et se détendirent. La différence était flagrante : à gauche une nuit froide et profonde, un bois sec ; à droite une aube naissante, un bois vert. L’autre fit faire de tranquilles et courts mouvements à mon bras… celui-ci comme une branche voulut accrocher l’horizon.
Ensuite, il fallut retourner à l’intérieur de soi, reconsidérer le contenu, observer chaque organe patiemment : cerveau, cœur, poumon, foi, intestin… que chaque structure ne se contente pas d’être là mais exprime son propre mouvement. Alors chacun retrouva sa pulsion, sa couleur et tous s’animèrent suivant, qui de l’air, qui de l’eau, sinuosités légères et tourbillons.
Après, il fallut simplement marcher : mon corps marchait pour moi, avec moi et je marchais pour lui, avec lui. Je sentais chaque pas s’ancrer puis s’arracher. Le vide autour devint complémentaire et ma cage thoracique une volière. Mon corps était revenu au monde.
Ensuite, il fallut aller à la rencontre de l’autre, prendre contact par l’extérieur du bras, former une nouvelle entité et puis laisser faire. Après, le pas de deux devint quatre, six, huit… force motrice… et fut harmonieux le temps de la ligne droite. Quand vint le virage, l’organisme s’emballa et tandis que le centre profitait toujours du bien-être et de la force du mouvement, le pivot sentit la désarticulation et la pointe l’arrachement. Chacun tenta de raccrocher mais en vain. Il fallut laisser mourir la structure et retrouver doucement le mouvement.
Alors les mots furent posés pour dire et comprendre.
Enfin, nous retrouvâmes le E : la danse de l’air, la danse de l’eau… sinuosités légères et tourbillons.

Combien de temps ? 10 janvier 2013

Longtemps, je restai prostré. J’écoutais sa respiration régulière tout à côté. Elle bougeait dans son sommeil, s’approchait, repartait, revenait vers moi…
Je me battais contre moi et tentais, à plusieurs reprises, de tendre la main vers elle comme si le hasard pouvait m’aider. Dans ma tempête, mon corps tremblait, j’avais chaud, froid, je grelottais… puis soudain, comme un naufragé attrapant la barque de secours, je montais sur le lit et me glissais sous les couvertures. Combien de temps ai-je attendu encore comme ça en bordure du lit crevant d’attendre, crevant d’envie…

Dormait-elle ? Je me retournai, tendis les doigts délicatement et touchai son dos, juste entre les épaules. Après quelques instants, elle s’étira et rit. Je descendis doucement sa colonne, remontai par la hanche, m’accrochai à sa bretelle puis décrivis l’arc de cercle de ses omoplates. Sous son sein, je basculai ma main sur son ventre détendu, rond, chaud.
Et tandis que je respirais sa chevelure noire, je cherchai ses lèvres. Ma main caressa sa cuisse et fit glisser son pantalon léger… Après… Après je perdis le fil, et perdis la couleur aussi. Je me souviens seulement qu’elle me saisit la main, que sa bouche vint chercher mes lèvres et que j’étais tout juste en équilibre sur le bout de sa langue.

Petit babar a foutu le camp 10 janvier 2013

Bartok, le chat que j’avais récupéré il y a quelques mois et qu’elle avait rebaptisé « Petit babar », avait foutu le camp. Ça faisait deux semaines qu’ils se connaissaient et il avait suffi de quatre jours d’absence pour qu’il se fasse la malle.

Je vis bien que ça lui avait fichu un coup, un peu le même coup qu’à la mort de Ravi Shankar où elle m’avait dit « Y’a des Dieux qui meurent »… J’essayai de la consoler comme je pouvais :
– C’est pas grave, tu sais… peut-être qu’il a trouvé une autre famille… et puis on pourra peut-être en avoir un autre au printemps…
Alors, elle me lança un regard furax comme si je n’y comprenais rien.
– Si c’est grave ! C’était ton chat et un peu le mien aussi !

Elle partit vers la chambre en claquant la porte, on aurait dit du théâtre. Seulement au théâtre, après l’esclandre, la porte reste solidement en place, imperturbable dans le silence… Là, disons simplement que les gonds s’arrachèrent et que la porte s’étala de tout son long emportant avec elle quelques morceaux de boiseries. Du fond du salon, je pus voir danser la lampe du couloir et entendre la miss à l’étage pleurer sur le lit. Je montai, m’approchai, lui caressai doucement le dos et l’embrassai sur la nuque : elle s’endormit bientôt.

Cette nuit-là, j’avais pas mal tourné. Peut-être que la disparition de Babar m’avait plus touché que ce que je voulais bien admettre. Aussi, au matin, j’eus du mal à me réveiller et cependant que je me retournai, ma main ne trouva rien d’autre qu’un coussin ébouriffé et une couette froide. Où était-elle ? Après la chambre, les traces d’eau qui partaient de la salle de bain m’en donnèrent une vague idée. En bas, la musique braillait. Je suivis le couloir, descendis l’escalier et continuai dans le salon. Enfin ce que je croyais être un salon…

Elle avait bougé le canap au fond de la pièce. Il y avait des tubes d’acrylique à moitié écrasés sur la table basse, des pots ouverts, des traces de peinture sur le tapis en bambou, un chiffon, des pinceaux et un verre rempli d’un liquide verdâtre sur le tam-tam… et puis aussi un bol de thé et un paquet de biscottes par terre sur un tableau sensé être accroché au mur. Je me retournai et vis une sorte de papier blanc léger de quatre mètres par trois scotché par un gros adhésif gris marron. La radio était à fond. Il passait du Régiani. On était dimanche et je n’ai rien contre Régiani mais je soupçonnais les programmateurs d’entretenir volontairement la nostalgie des week-ends pluvieux… ça me rappelait aussi un automne, une longue attente, un bar, un quai de gare, un départ tôt au petit matin… enfoirés. Je coupai la radio. Le mur donc était recouvert, recouvert d’une femme nue portant dans ses bras un chaton jouant avec une fleur. Cette femme me regardait. A côté un message : « Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je reviens, je t’aime, je t’aime, je t’aime. Ton Anima ». Décidément, je ne la comprenais pas mais plus ça allait, plus elle me plaisait.

C’était une géante 6 janvier 2013

C’était une géante, une colosse au cœur d’argile.
Et quand tu voulais l’embrasser, ce n’était pas moins que sur la pointe des pieds.
Et puis après, elle t’arrachait du sol et t’emportait avec elle, elle t’envoyait en l’air.
C’était vraiment beau là-haut… ses cheveux dans les nuages… et dans ses yeux, tu  voyais passer les étoiles et les oiseaux…
Dans l’amour, elle riait comme le suroît soufflait et puis « Casquets, mer calme à très agitée »… amadou, étincelle, flamme, embrasement… alors tu t’accrochais à son sein comme tu pouvais.

Je te le dis, cette fille-là, c’était une géante, une colosse au cœur d’argile.
Il suffisait qu’elle pleure pour que gonfle son cœur et débordent ses larmes, tout y passait, ça t’arrachait.

Impressions suisses II dites « Lémaniques » 4 janvier 2013

Léman I
27/12/12

T’es gris, t’es blanc
et plafond bas.
T’es agité, un peu trouble
Pourtant, ça circule autour.

Léman II
28/12/12

T’es reposé, reposant.
T’es gris, t’es brillant.
T’as mis quelques nuages en écharpe
et des mouettes dans tes cheveux.
Et tes hanches comme tes pensées se balancent tranquillement.

Léman III
31/12/12

T’es bleu, t’es blanc
Au soleil, tu frissonnes.
Ça me plait.
Tu me plais.
J’aimerais caresser ta peau requin
m’allonger contre toi
et faire courir mes doigts légers sur tes seins dressés et tes tétons blancs.

Léman IV
02/01/13

T’es bleu, t’es brillant
Ta peau, elle scintille
Et fait scintiller mes yeux

Léman V
03/01/13

T’es bleu, t’es brillant
Un peu brumeux au fond
Tes dents, elles s’accrochent à mes cheveux
Et tes vignes noueuses font des bracelets pour mon cœur.

Impressions suisses I 4 janvier 2013

27/12/12

Plus la distance est courte,
Plus les regards en disent long.
Voilà pourquoi les amants s’embrassant ferment les yeux.

27/12/12
Fromagerie

Tu voudrais serrer contre toi ces fromages comme des seins blancs
Sentir ta peau contre leurs croûtes
Les caresser
Embrasser leur parfum poivre et piment comme des lèvres
et mordre dedans,
et fondre avec,
et goûter brûlant.

29/12/12

Et les lampions de la fête faisaient scintiller mes yeux,
et m’enveloppaient d’un feutre de bien-être rouge jaune orange.

31/12/12

Au sommet de la montagne,
Au bord du rivage,
Je suis là et je pense à toi.
Ne me vois-tu pas ?
Je me suis livré tout entier.

Tant qu’il y aura des poètes 26 décembre 2012

Tant qu’il y aura des poètes
pour semer les mots comme les étoiles,

Tant qu’il y aura des poètes
pour se relever amoureux des paysages comme des regards,

Tant qu’il y aura des poètes
pour célébrer les oiseaux comme l’amour,

Tant qu’il y aura des poètes
pour parcourir la terre à dos de plume, à dos d’écume,

Tant qu’il y aura des poètes
pour suivre chantant renards et faisans,

Tant qu’il y aura des poètes
pour goûter la pluie plus que le vin,

Tant qu’il y aura des poètes
pour mordre dedans toutes griffes dehors,

Tant qu’il y aura des poètes
pour parapher les nuages et cracher la beauté,

Tant qu’il y aura des poètes
pour égrainer les nuits comme les perles des colliers,

Tant qu’il y aura des poètes
pour écarter les soleils comme les cuisses des femmes,

Tant qu’il y aura des poètes
pour mâcher les nuits comme les arcs-en-ciel,

Tant qu’il y aura des poètes
Pour lécher la lave et caresser la foudre,

Tant qu’il y aura des poètes
pour brûler l’utopie et la faire renaître en rêverie…

L’oiseau des oiseaux 23 décembre 2012

L’oiseau des oiseaux est un oiseau de feu au chant de lyre,
Flamboyant la nuit,
Scintillant le jour.

Tu l’entends,
Tu le suis,
Tu l’approches,
Il s’enfuit…

Garde tes offrandes,
Garde tes louanges,
Il est le souffre brûlant de l’archange.

Songe à l’amoureux qui rougit et se consume…
Rappelle-toi le poète qui brûle et noircit ses ailes de papier…

Alors, gardes-en le souvenir,
Et poursuis ta route, l’ami…
Propage ton feu, chante ta lyre,
Et devient à ton tour, l’oiseau des oiseaux,
Flamboyant la nuit, scintillant le jour.

JRo « L’oiseau des oiseaux » by Fiordalisa
Extrait musical : Moussa Sanou du groupe Harp’M’Bass (www.myspace.com/video/harpmbass)
Mix. : Greg

 

Ton sexe cherche son sexe 22 décembre 2012

Ton sexe cherche son sexe
et son sexe ta bouche.
Tes mains saisissent ses hanches, sa poitrine.
Ses mains saisissent tes fesses, saisissent ton sexe.
Sa langue lèche ta poitrine,
Ton ventre cherche son dos et ta langue caresse son oreille.
Elle s’arque, tu te cambres.
Sa main tient ta main,
ta bouche tient sa bouche.

Et tu bouffes l’asphalte comme les étoiles. 21 décembre 2012

Et tu bouffes l’asphalte comme les étoiles.
Et le serpent aux mille yeux jaunes t’hypnotise.
Derrière toi, il déroule sa rouge queue en feux de Bengale.
Il ouvre sa gueule et t’avale.
Tu passes les totems et les têtes moaï blanches et rouges qui, sereines, te sourient de leurs sens aiguisés. Elles te connaissent, tu en as plein les poches. Parfois tu les caresses comme un talisman pour appeler la bonne fortune qui ne vient pas.
Tu avances et au fond des arches noires, tombent des gouttes sur ton front.
Après, tu traverses la mue comme un vitrail et du fond de tes yeux, jaillissent des soleils.

V : Quand l’exercice de danse consista à écouter le souffle du son 19 décembre 2012

Quand l’exercice de danse consista à écouter le souffle du son, il fallut d’abord appréhender les limites de sa propre cage, en découvrir les recoins. Alors devant, derrière, en dedans, tu sentis les os, le vide, l’espace… Compression, compression, compression, libération : tu inspires et t’envoles à l’intérieur et le corps s’anime.

Après, le souffle jaillit et devint son devant : sifflements, couinements, caquètements, stridulations… tous appelèrent ailleurs puis l’autre en myriade.

Devant le miroir, tu frappas des mains comme si les vibrations pouvaient en déformer la surface. D’autres s’ajoutèrent, te suivirent, changèrent d’univers, tu fus seul puis nombreux quand ils revinrent puis… Puis ils parlèrent de la cacophonie des mouvements : certains s’étaient manqués.

Finalement, l’écorce craqua, tes épaules, ton dos, ton cou, la glace aussi. Liserons, houblons, chèvrefeuilles… tous naquirent et voulurent le soleil en pleine nuit. Tu refermas fort les bras sur le vide, tu y pensas… il aurait fallu que tu n’y pensas plus… c’était peut-être juste l’Espagne et sa guitare au fond.

Sur le fil… 17 décembre 2012

Sur le fil de l’espoir, rêvassant, je déambule mains dans les poches.
Vide à gauche, vide à droite, il se peut que je tombe :
C’est alors que je me raccroche aux filles de mes idées.

Je tourne… autour,
Elle tourne… autour,
Nous tournions autour.
Nous glissions dans ses boucles brunes.
Et nos regards passaient du marron-vert au bleu et du bleu au marron-vert.
Elle caressait ma barbe en passant ses doigts sur sa bouche.
Elle engloutissait le monde de son rire léger et mon cœur avec.

Elle était feu à l’intérieur, feu follet,
grandiloquente, enjouée, bourrasque soudaine,
acier trempé, rideau rouge…
Pieds nus, elle ne pesait pas bien lourd dans mes bras.

La Loire comme mille éléphants. 12 décembre 2012

La Loire est grise et grosse comme mille éléphants.
Elle coule d’un pas lent et certain, imperturbable…
Sur les bords, nul cornac pour mener la dance, elle tourbillonne :
Ici, charriant les bois morts,
Là, broutant les berges herbeuses et brunes.
Lasses de l’hiver, toues et gabares enchaînées suivraient bien la caravane.
Sur un tronc, un couple de cormorans sèche ses ailes au vent glacé.
Au dessus, un héron marque d’un trait paisible l’horizon gris-bleu.

Il est noir, il est blanc 6 décembre 2012

Il est noir, il est blanc, genre métisse de la vingtième génération. Il a les yeux or pailletés d’orange. Il est haut sur pattes et il a les traits fins.

C’était jeudi dernier… Quand je l’ai rencontré, il dormait en boule (ou plutôt en vrac) sur le paillasson du hall de l’immeuble. Quand la lumière fut, nous fument tous deux surpris : je l’avais tiré du sommeil, lui de mes rêveries. Il avait peur… et plus encore la dalle. Je l’ai rassuré et je suis allé lui chercher quelque chose à becqueter là-haut.

Plus tard, après le cours, je l’ai fait monter en l’appelant doucement. Il est entré sans trop d’hésitation et à sa façon de fureter partout et de se frotter contre les meubles, j’ai compris qu’il se sentait bien et qu’il resterait là pour un bon moment. Bien sur, il avait ramené avec lui ses vers, ses puces, ses ronronnements et son affection. Alors, je me suis posé plein de questions : si j’étais prêt, est-ce que c’était le bon moment… Pour lui, c’était tout vu…

Bon, alors il faudra qu’il apprenne à aimer l’afrofunk des années 70, Quantic, Java, LINDIGO… la poésie et la sculpture. De mon côté, il faudra bien que je lui fasse un peu de place, que je m’occupe de lui… et puis on jouera aussi. Remarquez, il ronronne déjà quand je lui lis Paul Eluard et il se pelotonne sur mes cuisses quand j’écris…

Mais trêve de bavardages, voici les présentations : moi c’est JRo, lui c’est Bartok.

IV : Quand l’exercice de danse vint de la terre 4 décembre 2012

Quand l’exercice de danse consista à imaginer que le rythme vint de la terre, tes pieds,  comme le tonnerre, battirent le sol faisant lentement mais sûrement remonter les roches et les scories des profondeurs. Le sol roula tes muscles. Dans la steppe sans nom, les chevaux couraient en même temps que les loups et tu courais avec eux.

Arrivé près de la yourte, tu redevins homme ou quelque chose d’approchant. Tu les entendais toujours au dehors mais maintenant, à l’intérieur et à l’arrêt, tu aurais bu tout le lait de la terre.

L’instant suivant, tu battis à nouveau avec eux des arches, des ponts, des cités… Seulement, lorsqu’ils joignirent leurs mains au dessus d’eux, tu t’assis au milieu de leur foyer et tu te refermas doucement comme l’œuf sur le vide. Ils te protégèrent un instant puis, après l’hiver, leurs mains touchèrent et ton crâne et tes coudes comme pour t’accorder de renaître au temps du rêve.

Alors, vinrent les cercles, le C et le chameau qui portait en lui la calligraphie des oiseaux et transformait la langue des signes. Nul ne comprit les courbes ou les traits de l’histoire mais tous surent qu’un jour le sorcier-taureau les graverait à même le flanc de la roche rouge. S’en suivit que les deux cercles aux dimensions différentes se rejoignirent et que chacun, chaque point, put rencontrer l’autre en mouvement.

A la toute fin, tu sentis encore les sabots des chevaux courir sur ton dos.

Y croire comme en la poésie 2 décembre 2012

La nausée

La marée humaine est descendue.
J’ai attendu, je ne l’ai pas vue. J’ai suivi.
Pendant, j’y ai pensé.
Après, je suis remonté et puis je suis sorti.
La marée humaine est remontée aussi.
J’ai attendu, je ne l’ai pas vue.
J’avais la nausée : le mal de moi, l’absence de l’autre.
J’y avais cru comme en la poésie.

****************
Ça te sert à quoi ?

J’y crois comme en la poésie.
– Mais au fait, la poésie ça sert à quoi ?
– Y’a pas déjà la réalité pour ça ?
– La réalité, ça ne te suffit pas ?
– Pourquoi tu veux connaître l’autre ?
– Pourquoi tu t’intéresses à elle ?
– Qui tu es pour écrire des textes et des poèmes ?
– Qui tu es, toi, pour écrire des trucs comme ça ?
Qui suis-je ? je n’en sais trop rien, je n’en sais pas plus que toi…

****************
Alors je suis fou

Elle ne m’avait rien promis.
Et pourtant, elles m’avaient prévenu… et lui, aussi…
Mais je n’ai rien voulu écouter…
ou plutôt, j’ai voulu écouter mes émotions,
et disons aussi que, même si j’avais voulu, j’étais déjà parti… j’étais déjà là-bas.

Et comme j’y crois comme en la poésie,
il sera difficile de me faire lâcher et les mots et la sculpture et l’amour.
Alors même si son absence me tord le bide, je vais prendre mon élan, je vais sauter et quand je serai de l’autre côté, je vous ferai un sourire et un doigt d’honneur aussi.

Mais faudra bien que tu t’y fasses…
Non, je refuse, pas là, pas maintenant.
Je ne vais pas fermer les yeux, desserrer les poings, ni même la mâchoire.
Putain, j’vais pas mettre un masque pour respirer.

Je n’ai d’autre chemin 29 novembre 2012

Je n’ai d’autre chemin que celui qui me mène vers toi.
Alors qu’adviendra t-il quand nous nous serons croisés ?

Me prendras-tu la main ?
M’emmèneras-tu avec toi ?
Accepteras-tu qu’à mon tour je te prenne la main ?
Accepteras-tu que je t’emmène avec moi ?

Et si dans ces voyages, tu te brûlais les lèvres à la chaleur de mes mots ?
Et si dans ces voyages, je me brûlais les ailes à caresser ta peau ?

III : Quand l’exercice de danse consista à imaginer sa maison intérieure 28 novembre 2012

Quand l’exercice de danse consista à imaginer sa maison intérieure, tu te rappelas la mangrove sans jamais y avoir mis les pieds : les hauts palétuviers, racines aériennes, branches souterraines, terriers-nids aux structures tubulaires, solides et délicates, posées à même le sol. Le soleil y perçait et tous pouvaient y monter, les hommes comme les singes, les sages comme les fous, tous les hommes… Par la suite, vinrent s’ajouter des arcades élancées et des dômes de pierres blanches aux larges ouvertures par lesquelles tous pouvaient voir l’horizon et la nuit.

Quand l’exercice de danse consista à construire la cité, l’autre prit place dans l’espace à deux, trois, dix colonnes vivantes. Il te fallut alors te positionner puis te mouvoir, choisir une direction, une trajectoire, un sens… recommencer… en fait trouver la coïncidence d’avec l’autre.

Quand l’exercice de danse consista en l’aménagement de cette cité, les fondations et les univers s’amalgamèrent. Tous construisirent des ponts, des arches, des liens… chacun faisant partie du tout, le tout formant les parties, chacun pouvant se fondre puis se détacher comme il l’entendit.

A la fin, chacun retrouva son foyer emportant avec lui la vision éphémère de leur cité utopique.