Suite dite « ouessantine » 21 février 2013

16/02/2013

Ouessant I (à Pascal)

Tu t’embarques dans le vrombissement des moteurs qui font vibrer ton bas ventre. Tu t’embarques dans une odeur de gasoil. Tu regardes les gestes mille fois répétés d’un marin qui lance et remonte à bras le corps une corde épaisse, verte et rose, plus grosse que ton poignet. Tu as vu à son oreille les quatre diamants-étoiles… Il dit à son capitaine : « c’est clair à l’arrière… ». Ouais… c’est plutôt clair à l’arrière. Tu regardes s’éloigner le continent et la courbe du sillon blanc à écume qui s’étend… tangage doux, yeux mi-clos et sourire solaire.

Ouessant II dit « belle gueule »

Ta barbe verte et pourpre
et tes yeux caillouteux,
pupilles orange, émeraude.

Sieste I

Sieste dans les verts herbus,
Dans un creux, au soleil,
En dessous du vent.
Je ferme les yeux doucement…
Pour voir la beauté tout autour et devant.

XI : Quand l’exercice de danse consista à franchir la barrière 14 février 2013

11/02/13

Au départ, tu te balançais et il te fallut décaler du rythme les jambes, les bras, la tête, le regard… un regard comme une prise pour une fraction de seconde et un lâcher pour la suivante, un flash vivant.

Après, il te fallut prendre contact avec toi, ton intérieur puis ton enveloppe, enfin ton extérieur.

Ensuite, tu cherchas le déséquilibre comme pour laisser tomber ton corps et le récupérer à moins que ce ne soit l’inverse : que ce soit lui qui te récupéras, tu ne sais plus trop… en fait, il y avait comme un transvasement, un transfert de soi à soi. Plus tard, le cerceau fit des combinaisons d’entrée et de sorties, un jeu d’avec la contrainte.

Enfin, la danse vint : chacun se recentra sur sa fluidité et malgré le nombre et l’élan des mouvements, il n’y eu ni coups, ni chocs… comme si flottait entre tous une légèreté consistante.

Le feu rouge 13 février 2013

Donne-moi le feu rouge
et je t’embrasse, je te sucre les dents
et je m’enfonce dans tes lèvres-coussins caramels,

Donne-moi le feu rouge
et je suis tes mèches incendiaires jusqu’au bout,
des pointes de ta langue abrasive jusqu’aux racines de l’aube.

Donne-moi le feu rouge
et je traverse les yeux fermés, même de nuit,
et mes doigts chercheront la chaleur dans la cendre et les escarbilles sur tes seins.

La Maravilla 8 février 2013

Nous étions tout au bout du port. Tu sais juste avant le chantier naval, tu passes la barrière à droite, tu continues entre le terrain vague et les rochers et puis tu suis le chemin sablonneux tout au fond jusqu’à la lanterne rouge et verte.
Nous, nous y avions notre coin à nous. En fait, le coin de tout le monde mais quand même notre coin à nous, celui du dimanche soir avec vue sur la baie, la grève, ses courlis, ses aigrettes et tout un tas de bestioles dont je connais pas le nom… Ce soir-là, il caillait, y’avait un vent à couper au couteau et au loin la bruinasse arrivait. Nous, on s’en foutait : on était bien tous les deux, mains dans les poches, assis sur un banc à regarder la mer.
Je m’étais enfin décidé à lui dire que je l’aimais, que ça faisait longtemps… mais que pour moi c’était pas facile, qu’on m’avait pas vraiment appris tu vois…
Alors, j’avais pris une grande inspiration, j’avais fixé l’horizon une dernière fois et puis j’ai tourné la tête pour la regarder… mais, avec ses grands yeux verts, c’est elle qui me fixait… et ça, c’était pas prévu… alors mes lèvres se sont entrouvertes et puis… et puis une bourrasque de vent nous cingla le visage comme pour couper court à l’action, comme pour précéder l’arrivée au port de La Maravilla. Comme à l’accoutumée, Yvon, son capitaine, sonna deux coups brefs. De loin, il nous reconnut et levant la main, il cria : « Ehi, piccioncini ! baci, baci, baci » et derrière lui son troupeau de mouettes braillait aussi. Se levant d’un bon, elle lui fit des grands signes et lui lança gaiement : « Ehi, Yvon, basta, basta, vecchia canaglia ! ». La pêche avait dû être bonne et le matelot était heureux de retourner au bercail avant la tempête. Perchée au milieu du chantier, la grue l’accueillit aussi par trois grands coups de sirène qui firent vibrer les toits aux tôles rouillées et les murs tagués des hangars désaffectés…
D’un coup, elle se rassit sur mes genoux et ferma jusqu’en haut sa parka. Elle remit une mèche de cheveux sous sa capuche et me cria : « tu peux répéter, j’ai rien entendu… ». Moi, j’ouvris à moitié les lèvres mais rien n’en sortit. En fait, ça me tordait le bide façon poisson avec un hameçon coincé un peu trop loin. Au fond de mes poches, mes mains prisonnières tournicotaient nerveusement le lacet élastique de ma vareuse comme si ça pouvait m’aider à dénouer ma gorge… Je croisais son regard et ouvris un peu plus les lèvres… « je, euh… je… JE T’AIME »… d’un coup sec, elle me rabattit la capuche sur les yeux, me prit les joues entre les mains et m’embrassa brutalement… Depuis plusieurs minutes, nos langues se parlaient et des gouttes de pluie courraient maintenant sur son front, sur mon nez, sur ses doigts, dans mon cou… Elle rouvrit la capuche et me fixa, elle souriait : «  Ben, tu vois quand tu veux ».

C’est la même chose 7 février 2013

Elle regarde en même temps son ventre et le soleil, son ventre et son soleil…
De toute façon, c’est la même chose.
Et puis elle sourit : son regard c’est l’horizon, c’est l’intérieur… c’est la même chose.
Et lui aussi sourit, il est heureux. De derrière, il souffle dans ses cheveux et pose sa main sur son ventre arrondi et ainsi il fait le tour du monde, son tour du monde, son tour de leur monde…
Ses mains, c’est un berceau : un berceau à patience, à sourires, à baisers…
Elle se retourne et l’embrasse, lui aussi l’embrasse… c’est la même chose.

X : Quand l’exercice de danse consista à perdre puis retrouver l’unité. 4 février 2013

Son regard était son territoire et le rythme fit sonner les tambours.
Sur une ligne, dos à dos, il fallut pousser l’autre qui résistait… la chaleur vint. Après il fallut pousser encore sauf quand il s’étirait sur ton dos comme une montre molle.
Tes mains contre sa hanche, tes bras se raidirent mais tinrent bon, il fallait pousser. S’il résistait, tu t’arrêtais et il restait suspendu, figé en équilibre et prenait forme.
Après, au ralenti, elle te trancha les tendons aux jointures, presque méticuleusement, et tu t’effondras par pans. Tu te relevas, c’était le jeu. D’abord tu vérifias si tout était bien là, puis tu recollas les morceaux, joignis à nouveau les bouts. Aussi, patiemment, ton corps s’articula et ressortit plus grand.
A ton tour, tu lui donnas des coups, elle encaissa. Tu frappais et tu frappais encore et elle finit par tomber : on aurait dit un papillon blessé puis un vers prenant la fuite et qui y arrive en rampant. A l’abri, elle pansa ses meurtrissures pour renaître.
Il fallut parler et comprendre qu’après le chaos et le morcellement, l’unité serait retrouvée.
Ensuite, il fallut livrer son propre combat… Alors tu te souvins des coups, de ceux qui ne font pas de fumée mais qui brûlent à l’intérieur et consument tranquillement dans les règles. Et tu t’effondras et roulas dans la tempête comme la touffe d’herbe entremêlée des westerns. Tu te protégeais le visage, tu donnais ton dos. Tu encaissais. Tu protégeais toujours ton visage, tu ne voyais rien mais tu réussis quand même à allonger la jambe puis un bras pour gêner. Tu fermais toujours les yeux et tu balayais ton poing quitte à brasser de l’air. Tu tins à distance puis tu commenças à rejeter, de plus en plus loin et avec de plus en plus de force. Et la force et l’amplitude devinrent mouvement. Tes mains en poing s’ouvrir, s’offrir et se joignirent… et tes bras s’animèrent comme un ruban de Möbius et puis ton corps aussi. Tu dansais librement.
Finalement, quand le rythme revint, il fallut que chacun dansa pour rencontrer l’autre, le laisser venir, lui prendre la main, s’enrouler, le laisser repartir… et chacun trouva l’autre et tous se retrouvèrent. La guerre et le morcellement n’étaient plus, unité et concorde… Il nous avait fallu passer par le G.

Le poids de l’absence (2013) 2 février 2013

Bois, fer rouillé, chaîne rouillée

H :   28 cm
l :   125 cm
P : 125 cm
Masse : 32 kg

Prendre conscience d’une absence, d’un poids « mort », s’en ouvrir, s’en libérer comme on ouvre une ceinture.

 

L’atelier 2 février 2013

L’atelier que me prête Yves, un voisin… Merci Yves.

J’en profite également pour remercier Tof pour le site…

La gravité endormie (2013) 2 février 2013

Fil à plomb rouillé

Pièce soclée :
H : 10 cm
l :   22 cm
P : 20 cm

A l’instar de la « muse » de Brancusi, la « gravité » (au sens propre comme au figuré) suspend son vol et nous offre un moment artistique de répit. Tensions, forces et espace ne sont plus… reste la rêverie…

Je t’aime 1 février 2013

J’aime la lune andalouse qui me réchauffe quand tu plonges dans la mer.
J’aime l’hippocampe tigré qui sort avec mon cœur sous le bras quand tu chantes.
J’aime quand tu t’ébruites à pas de loup et celui qui danse sans attendre.
J’aime le rouge de tes lèvres quand ton cœur s’emballe, quand ta bouche rate sa cible.
J’aime trouver l’arc-en-ciel sur ta langue, sur ton sein, derrière ton oreille.
J’aime souscrire l’impossible incandescence des solstices dans tes bras attendris.
J’aime ouvrir les yeux vers l’intérieur pour découvrir tes univers calaminés, gommés ou rayés à la craie.
J’aime la course de plaisir des chiens bleus sur ton dos quand tu frissonnes car je cours avec eux et je frissonne avec toi.

IX : Quand l’exercice de danse consista à s’articuler 28 janvier 2013

Les articulations s’articulèrent et le fût pris du mouvement, tranquillement puis plus vite.
Ainsi, quand le jazz arriva, ton corps dansa.
Seul ton visage résista et voulut coûte que coûte rester masque de plâtre.
Pourtant, ta lèvre supérieure ouvrit une brèche : deux fois, elle sursauta nerveusement comme si elle voulait danser elle aussi.
Ainsi, tu savais que, bientôt, très bientôt, tout cèderait…

Du renversement des paramètres 25 janvier 2013

Chevelure noire défaite,
Gorge rose, enflammée,
Bretelle blanche sur épaule découverte,
Robe pourpre,
Bas rouges,
Index sur lèvres,
Regard détaché.

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Chevelure noire,
Gorge pourpre,
Bretelle blanche détachée de sur épaule rose,
Robe défaite,
Bas découverts,
Index sur lèvres rouges,
Regard enflammé.

Méharée 23 janvier 2013

A dos de mots, je mâche du rêve…
et fermant les yeux, je pense à elle.
Les dunes sont mes repères et elles chantent pour moi.
Ma caravane suit les étoiles et le lion qui m’accompagne veille sur le carillon pourpre qui fait tourner les vents.
Regarde autour, il n’y a plus rien… et pourtant tout est là.

Un nuage sous le nez 22 janvier 2013

Tu marches dans la rue et tu souffles, et tu as un nuage sous le nez…
Tu sais comme quand tu étais petit, dans ton bain, avec la limite de l’eau juste sous ton nez…
Et tu regardes la nuit, et la lune et les étoiles tombent dans tes yeux, ça te fait du bien.
Tu crois que tu marches mais en fait tu sautilles.
Tu es heureux sans savoir pourquoi… la danse peut-être.

Faudra surtout pas que tu oublies de dire tout ça aux autres…
que je suis heureux quand j’ai dansé.

VIII : Quand l’exercice de danse consista à penser que tout tourne 21 janvier 2013

Au début, tu inspires par le ventre et tu expires, tu vides… tu montes à nouveau et par le ventre et par les côtes, puis tu expires. Tu respires par la cage thoracique toute entière et puis plus grand que l’horizon, tu t’ouvres.

Puis tu es dans le noir. L’autre t’a bandé les yeux et il t’accompagne : tourne le poignet et le bras, tourne l’épaule et la cheville, il t’accueille, tu bouges légèrement la tête, maintenant, tu es allongé, tourne le genou et la hanche.

Enfin, danse et toutes tes articulations avec, indépendamment, avec envie, parce que le piano te l’avait suggéré.

 

Les papillons rouges 20 janvier 2013

Elle me parlait souvent de sa vie, de ses amants, de leurs ébats…
Et moi, en face, j’écoutais ses lèvres comme des papillons rouges,
Voletant fragiles autour ou posés délicats
dans mes cheveux, sur mes yeux, sur mes doigts… sans qu’ils ne bougent.

Vers elle plus d’une fois, j’ai voulu tendre la main, la serrer contre moi…
Et, comme toujours, j’ai eu peur qu’ils ne s’envolent, j’ai eu peur d’attraper froid.

Alors, sonne l’heure où les grands monarques amassés
décident sans attendre de migrer,
Laissant là tristement jusqu’au prochain retour l’asclépiade au goût amer,
l’ayomel aux vers et vertes prières.

VII : Quand l’exercice de danse consista à percevoir les liens 18 janvier 2013

13/01/13

D’abord, il fallut réchauffer son corps par des frottements comme pour le réveiller. Ensuite, il fallut toucher ton cou : ses muscles, ses os, sa peau… et constater ses parties molles, charnues…
Fermant les yeux, tu tournas la tête et apprécias ses libertés : des mouvements lents naquirent, la firent tourner, balancer tranquillement… Comme s’il avait fallu t’en convaincre, ta tête était bien raccordée à ton buste, plus loin à tes jambes et tout au bout à tes pieds. Puis, ta tête montante, descendante… découvrit librement l’espace autour, entraînant dans sa suite le reste de ton corps. Alors les yeux voulurent voir ; la bouche, les oreilles, les narines aussi, tous voulurent s’ouvrir et manger tout l’espace comme l’hydre à quatre têtes.
Après, l’autre et son corps devinrent terre et durent accueillir d’un geste lent et dansant ta tête tout aussi lente et dansante. Ses épaules, son dos, ses mollets offrirent alors des formes, des appuis, des accueils puis chaque fois la relancèrent délicatement. Appuyées l’une contre l’autre, les deux sphères-univers étaient alors reliées par un point de contact unique et feutré.
Quand le contact devint continu, les yeux fermés à tourner autour, tu finis par perdre l’espace et ses dimensions pour pénétrer au plus profond dans l’être-animal : taureau qui cherche la peau comme son sabot gratte le sable, félin-nourrisson aveugle qui fouit en quête de chaleur.
Ensuite, les mouvements passèrent par tes mains et s’accrochèrent à ses coudes : les tenant, les poussant, les retenant… dans un ballet étrange de mouvements circulaires, parfois cassés de retenues forcées, d’accélérations contraintes…
Plus tard, il fallut s’accrocher les hanches, se désaxer. Les appuis furent plus fermes, les équilibres plus stables. Tout autour, des arches se formèrent.
Enfin, tu capturas les chevilles de l’autre étendu et, accompagné du souffle, tu les tiras vers le ciel… Ensuite, tu les déposas et caressas lentement la plante des pieds comme pour dire au revoir aux étoiles. Il te fut ainsi donner de comprendre l’œuvre du F faite d’ancrage, de jonctions, de liens et d’attachements… à l’autre, aux autres, à la communauté…

Me prendras-tu dans tes yeux ? 16 janvier 2013

Plusieurs fois, tu ne répondis pas.
Pourtant, je garde patience car je sais que tu arrives à pied de l’autre bout du chemin,
de là où l’autre côté ne s’est pas totalement renversé.
Tu n’attends pas l’été du commun où les autres se croisent.
Je repars toujours d’où je ne viens pas.
Dieu seul sait où mais garde le silence.
Finalement, il pèse léger à trop te regarder.

Les crevettes 14 janvier 2013

L’enfant tenait dans sa main une fine branche dénudée. Sans tenir compte du monde autour, il rejoignit une flaque et s’accroupit au bord. Comme ses aïeux avant lui, il en scruta la surface, vit le ciel dedans, plissa les yeux et y planta sa badine. Il recommença puis s’écria soudain : « Y’a des crevettes ! »… C’était donc samedi de grande marée aussi entre la rue du Chapitre et la rue Général Leclerc.