Chroniques sénégalaises, épisode 2/11. 23 mars 2018

Vendredi 5 janvier

Je pars tôt. Je finis d’imprégner d’insecticide vêtements et moustiquaire. Mon stylo torche éclaire la cuisine. Je reste discret pour ne pas réveiller M., une amie iranienne qui dort dans la salle à manger. Je me sers un verre du jus de baobab biologique offert la veille : soixante quinze centilitres de flotte rosée payé un bras. Quatre biscottes craquent dans la nuit. Je fais réserve de quatre petites oranges. Je referme la porte. Suivant les indications griffonnées la veille, je rejoins la gare du Nord. Sous un échafaudage, deux marginaux alcoolisés terminent leur discussion. Un troisième m’interpelle et grogne à mon rapide « désolé ». Le RER part. J’entame un nouveau livre. Je suis en avance à l’aéroport. Le fils obèse d’une famille orientale va chercher un coca. Au téléphone, un soi-disant steward à l’accent du sud parle trop fort. Son amie trépigne. Pour se détendre, ils partent faire les boutiques. À l’affichage des enregistrements, la file est déjà longue. Je vérifie mon bagage à main : billets, passeport, carnet de vaccinations et la lettre de L. reçue juste avant mon départ. Mon sac à dos part directement pour Dakar. Je fais escale à Alger où le ciel a pris le bleu de l’uniforme de la police aux frontières. La zone de transit n’est pas indiquée. Blasé, un douanier m’indique le chemin. À cette heure-ci, je suis seul. Passé le portique et l’interrogatoire, je suis accueilli par l’arlequin du logo de la chaîne de café. Le speaker aboie au micro pour appeler les retardataires. Des musulmans font leurs prières dans un recoin de l’aéroport. Des vacanciers font provision de dattes et de gâteaux traditionnels. Je m’assoie sur un canapé en rosace et recommence à lire. Après un long moment, je lève le nez. Étrangement, la zone de transit a changé de couleur de peau. Le jour, il y aurait des destinations « blanches » ; la nuit, des destinations « noires ». J’embarque pour le second vol. L’avion se positionne sur la piste. La tête recouverte d’un châle, une voisine commence à prier. L’avion décolle. La carlingue tremblote puis se stabilise. Le repas est déjà servi. Par instinct, je ne laisse rien de ce dernier vestige occidental, même affadi et servi en barquette. Une des hôtesses a un regard cuiré. Son appareil dentaire ajoute du charme à sa maladresse. Au tout nouvel aéroport de Dakar, le douanier me demande le lieu de mon hébergement. Dans la précipitation, j’ai oublié de prendre l’adresse de la compagnie de théâtre. Le douanier me demande de stationner entre deux guérites. Le temps passe. J’allume mon portable. L’opérateur me prie de bien vouloir observer les nouvelles conditions tarifaires. J’envoie un message à Carlos. Hann Bel-Air est le sésame qui m’ouvre la frontière. Je récupère rapidement mon sac à dos. Carlos, Paige et Samba de la compagnie sont là. Je n’ai pas le temps de faire du change. Samba négocie le tarif du taxi. Après une heure de route, nous arrivons à Hann. À cette heure avancée de la nuit, gargotes et boutiques sont fermées, les ruelles silencieuses. Les maisons de terre et de tôle paraissent vides. Adossés à un mur, quelques jeunes jouent encore aux passagers de la nuit. Au local de la compagnie, Samba ne semble plus trop savoir quoi faire de nous. Nous installons nattes et moustiquaires entre des bancs d’écolier, une mobylette et un ventilateur à l’abandon. Il nous reste quelques heures de sommeil avant le levé du jour.

 

Texte et photos : ©JRo.

Chroniques sénégalaises, épisode 1/11. 16 mars 2018

Mi-décembre, Carlos et Paige m’ont proposé d’accompagner leur compagnie de théâtre au Sénégal. Durant une semaine, j’ai ainsi couvert le projet « Hann : voices of a bay » et suivi la compagnie Kaddu Yaraax de Dakar dans son initiation au jeu masqué.

Jeudi 4 janvier

Je rejoins Paris en TER. Carlos et Paige m’hébergent pour la nuit. Mon avion est le lendemain matin tôt, le leur dans l’après-midi. Ils arriveront à Dakar dans la soirée, moi dans la nuit. Un membre de Kaddu Yaraax, la compagnie de théâtre qui nous accueille, viendra nous récupérer. Gare Montparnasse, métro ligne 4, sortie Strasbourg – Saint-Denis. La grande Arche n’a pas bougé. Les rabatteurs de salons de coiffure alpaguent la chalande africaine. Le vendeur de marrons grillés ventile son braséro. La pluie glaciale a fait fuir pigeons et prostituées mais la rue est restée fidèle : les grands sacs bariolés aux devantures des bazars, les odeurs de restaurants indiens, grecs, kurdes… la circulation en sens unique, le crado des trottoirs, les supérettes, le vendeur de fruits et légumes. La porte à code est ouverte. Je préviens de mon arrivée et croise Carlos dans l’escalier. Nous nous embrassons : il s’en va rejoindre un vieil ami. Paige m’accueille et m’offre à déjeuner. Elle me raconte les nouvelles de l’École, le réveillon passé avec le petit-fils de CHAPLIN, leur mariage en Espagne et leurs vacances canadiennes en canoë. J’évoque mon travail à l’usine, ma difficulté à écrire, mon participation heureuse à un festival de performances à Marseille en septembre.

À l’instant, j’aimerai prendre Paige en photo au milieu du petit salon envahi de plantes vertes. Une lumière pâle lui tombe sur le visage. Un canari volette entre le miroir du bureau et la cage près de la fenêtre.

Le déjeuner fini, nous avons encore quelques affaires à préparer. Paige doit vider des disques durs externes. De mon côté, je dois acheter une moustiquaire avant de voir A, une amie vénézuélienne. A. m’attend au fastfood près de la bouche de métro. L’odeur de friture est désagréable mais l’accès au wifi y est gratuit. Après avoir tenté un premier bar assez glauque, nous nous replions chez Jeanette. Une bière pour A, un chocolat chaud pour moi. Ses lèvres portent un joli rouge et son accent m’enchante. J’avais oublié son regard. A. a intégré un atelier d’écriture. Souvenirs de l’année passée, lectures, méditations… il est déjà l’heure de nous séparer. Carlos, Paige et moi sommes invités à dîner chez P. en compagnie de sa fille M., d’une amie médecin et de la fille de celle-ci. Situé un peu plus haut dans la rue, l’appartement est distingué. Un cabinet de curiosité moderne et élégant. Le dîner est sympathique. Nous parlons du voyage à venir, de Bretagne, des migrants de Calais ou de Grande-Synthe.

Après le repas, M. nous montre ses carnets de croquis, mélanges de tissus, dessins, peintures et de quelques mots griffonnés. De retour à l’appartement, je vais prendre une douche dans « la scène de crime » où de grandes toiles en plastique sont scotchées aux murs façon police scientifique.

 

Texte et photos : ©JRo.

Je suis un architecte du désir. 9 mars 2018

09/03/18

Je suis un architecte du désir.
Je construis des amours utopiques en archipels.
Souvent mon radeau s’échoue, s’embourbe.
Alors j’écope.
J’écope ma peine à la petite cuillère où les oiseaux viennent boire dedans.
J’ai le temps tu sais.
Le temps de mes rêveries, d’y rester dedans, de penser à toi encore et de me sentir au chaud.
La crue nous a fait lever l’ancre de nous mais je n’en ai pas fini de mon désir, de ta beauté.
Où s’arrête l’amour ? Je dérive, je divague.
Tu me manques en plein, mon amour fantôme.

En mangeant cette noix. 3 mars 2018

24/11/17

En mangeant cette noix,
J’ai mangé la grange où elle a séché.
J’ai mangé la paille stockée, les chevaux de trait qui n’étaient plus, les cordes, les râteliers, les souris, la meule à grain, la porte en bois, les toiles d’araignée enfarinées.
J’ai mangé mon vieil oncle.

Stage théâtre Sénégal, part 1/3 : l’environnement. 1 février 2018

01/02/18

Local de la Cie Kaddu Yaraax dans le quartier de Hann Village, Dakar.
Plage du quartier de pêcheurs de Hann Bel Air, Dakar.
Pirogues, plage et villa de la résidence théâtrale, quartier de Camaro (?) à Ngaparou.

Photos : ©JRo, dans le cadre du projet « Hann, voices of a bay » de la Cie Manifesto Poético.

hann-voices-of-a-bay

Projet « Hann : Voices of a Bay » 31 décembre 2017

31/12/17

Du 5 au 14 janvier, je serai en reportage à Dakar (Sénégal) pour le projet « Hann : Voices of a Bay » de la Cie Manifesto Poético en co-production avec le Theatre Forum Company Kàddu Yaraax.

Plus d’infos :
http://www.manifestopoetico.com/hann-voices-of-a-bay

Ravaudage. 5 novembre 2017

19/10/17

C’était cousu d’avance.
Le chas joue avec le fil à moins que ce ne soit la louve…
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers.
Elle a abandonné le métier
Et sa griffe de velours a coupé court
le laissant là détricoté.
La reprise, quand il y a méprise, est impossible.