Chroniques sénégalaises, 5/11.

Lundi 8 janvier

La troupe est enfin au complet. La séance commence par quelques échauffements et des exercices de déséquilibre. En binôme, les acteurs cherchent des points de force, des jonctions.

L’intérêt est de déployer une tension physique entre les deux acteurs. L’espace situé entre eux, même vide, devient dramatique jusqu’à devenir un troisième personnage. Ancré à la terre, le corps compense sans cesse la gravité : il pousse, tire, porte, dépose. Immobile ou en mouvement, il crée un langage poétique avec ses rythmes, ses temps. En début d’après-midi, Carlos présente sa collection de masques de la commedia dell’arte. Il explique les différents personnages et leurs principaux caractères. Fatou, Babacar et Youssoupha seront les premiers à essayer le jeu masqué.

À la pause, je discute avec Youssoupha. Depuis deux ans, il s’essaie à l’écriture pour le théâtre et la télévision. Son dernier projet raconte les aventures d’une jeune fille qui, malgré les épreuves, parvient à son rêve : être la première femme chauffeur d’un grand directeur d’entreprise. Son histoire me fait penser à la tradition japonaise du kintsugi. Maladroitement, je lui rapporte l’histoire de la tasse ébréchée, métaphore de la résilience. Avant le repas, Carlos demande aux stagiaires de récupérer des déchets plastiques. Ils serviront à la confection des masques du lendemain. Chacun s’en va glaner des bidons, des sacs ou des bouteilles. La plage et l’environnement proche de la villa regorgent de cette matière première. Il n’y a malheureusement qu’à se baisser. En début de soirée, je profite des derniers rayons du soleil sur la plage. Je m’assoie, ferme les yeux et respire. Une bonne partie du groupe arrive dans un joyeux tintamarre. La tribu se baigne, chante, danse puis rejoint la villa. Le silence revient. Sous le ciel étoilé, j’observe la silhouette des pirogues devant la mer. À mon retour, des petits verres de thé ou de lait sucré tournent de main en main. Ce soir, les acteurs chanteront des airs traditionnels et nous conteront des fables.

 

Texte et photos : ©JRo.

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