Le vivant momifié d’après nature.

Sur l’œuvre d’Alberto GIACOMETTI
01/08/15

Giacometti nous marche dessus, Giacometti nous marche sur les pieds.
Avec ses dessins d’abord et notamment ses portraits en ocre rouge, bleu ou noir sur des revers d’enveloppes où chaque trait est une ride, un œil ciblé. Voyez, ces yeux en linceul gris qui percent le secret de l’outre-tombe ou ces mains chiffonnées.
Mais aussi avec ses sculptures, où hommes et femmes sont rayés dans des postures égyptiennes de grands échassiers. Un œil en creux, un œil en plein : l’un pour momifier les vivants, l’autre pour manifester la vie. Des portraits en vrais creux comme des clowns morts. Ici, à l’extérieur, dans l’oreille de la « Grande tête », un nez ou un sein… la proéminence est une valeur. Là, à l’intérieur, des fils ténus, entremêlés, donnent la valeur des hanches, des épaules, de la tête. Voyez ces têtes figées dans l’espace. L’Homme, fragile et menacé, est ainsi lavaté* pour mieux tenir debout.

Enfin, ses couleurs sont saignées, épaisses comme des matières.

Mais qui est-il vraiment cet homme laborieux, cet homme bien mis, à la cravate et au complet veston ?
©JRo. Tout droit réservé, reproduction interdite sans autorisation.
D’après l’exposition Giacometti, du 14/06 au 25/10/15 au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture (29800 LANDERNEAU).

* néologisme, comme figé par la lave.

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